Le lait enrichi en fer : vraiment utile ? version détaillée
- Dr MICHELE NOBLINS
- il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Le fer est un micronutriment indispensable pour de nombreuses fonctions biologiques : transport de l’oxygène, système immunitaire, développement du système nerveux central….
La carence en fer est l’une des déficiences nutritionnelles les plus fréquentes.
Les nourrissons, en particulier les prématurés, présentent un risque accru de carence en fer du fait de leurs besoins élevés et parfois d’un apport ou de réserves faibles.
La carence ou baisse des réserves en fer, est définie par un taux de ferritinémie ≤ 12 µ/l.
Les taux normaux de ferritine varient selon l’âge :
Naissance : 100 à 300 µ/l
1 à 4 mois : 30 à 50 µ/l
4 – 6 mois : 20 à 30 µ/l
6 à 12 mois : 20 à 40 µ/l
2 ans : 12 à 40 µ/l
Les recommandations pour les besoins en fer en France sont précisées en France par l’ANSES en 2019.
Le lait maternel ou les préparations infantiles restent la base de l’alimentation du nourrisson: 500 ml/j doivent être apportés au minimum jusqu’à au moins un an.
L’apport nutritionnel en fer recommandé (ANR) dépend de l’âge
7 mois à 12 mois | 11 mg |
1 an à 3 ans | 7 mg |
Les bébés de petit poids à la naissance ou prématurés, ont besoin de suppléments de fer pendant plusieurs mois après la naissance.
Chez le nourrisson, les premiers mois, les besoins sont liés aux réserves de la mère pendant la grossesse. C’est pourquoi il est souvent recommandé pendant la grossesse une supplémentation en fer.
La biosdisponibilité du fer ou capacité à atteindre la circulation sanguine est liée à la capacité de son absorption intestinale et dépend de la forme chimique du fer et donc du type d’aliment :
Il existe 2 type de fer :
La forme héminique : facilement absorbée : 15 à 35% sont absorbés par l'organisme.
Elle est contenue dans les produits d'origine animale, notamment la viande (surtout la viande rouge), le poisson et la volaille.
La forme non héminique : mal absorbée : 5 - 10 % seulement sont absorbés par l'organisme. Elle est contenue dans les aliments d'origine végétale, tels que les noix, les haricots, les légumes, le pain, les céréales le lait.
Le lait :
Le lait maternel contient peu de fer (0,3 – 0,5 mg/l) mais présente une biodisponibilité élevée (49%) car le fer est lié à la lactoferrine et à d’autres protéines facilitant son absorption et il contient peu d’inhibiteurs du fer (calcium libre, phytates).
Le lait de vache a une biodisponibilité souvent inférieure à 5 %, régulée par l’heptidine. Le calcium, les phosphates et les caséines inhibent partiellement l’absorption du fer.
Les laits infantiles
Ils sont supplémentés en sels ferreux, le sulfate et le fumarate étant les plus souvent utilisés. L’absorption du fer y est difficilement mesurable et variable selon le statut du fer. Elle augmente en cas de carence.
L’interprétation des résultats doit tenir compte du fait que les études reposent le plus souvent sur des modèles et des estimations et sont souvent cofinancées par des organismes publics mais aussi le secteur des aliments infantiles. Les résultats les plus robustes proviennent d’études utilisant des mesures directes avec des traceurs isotopiques.
L’étude française type (ELFE) montre que la majorité des enfants de 2 ans ont des réserves en fer dans la norme mais que celles-ci sont un peu plus élevées chez les enfants consommant du lait enrichi (≈ 25–30 µg/L) que chez ceux consommant du lait non enrichi (≈ 15–25 µg/L). La carence en fer est rare (ferritinémie ≤ 12 µg/L) et liée à une faible diversité alimentaire et au contexte socio-économique.
L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation) a fixé l’hypothèse d’une biodisponibilité du fer dans le lait de 5 %.
La teneur en fer varie de 4 à 12 mg/l selon les réglementations et les marques. Le fer y est souvent ajouté sous forme de sels ferreux.
Les laits infantiles supplémentés en sel ferreux sans vitamine C ont une biodisponibilité équivalente à celle du lait de vache non modifié (≤ 5 %)..
Les laits infantiles supplémentés en fer et enrichis en vitamine C selon les recommandations (généralement 5 - 10 mg de vitamine C / 100 kcal) améliorent de façon variable la biodisponibilité (3 - 10 %) du fer. Une étude récente utilisant des traceurs isotopiques, montre une absorption de 3,2 %.
La vitamine C agit surtout en : maintenant le fer soluble et en limitant l’oxydation Fe²⁺ → Fe³⁺. Elle permet d’améliorer la stabilité et la constance de l’absorption du fer.
Ex : 100 g de bœuf apporte 3 mg de fer
30 g de bœuf apporte 1 mg de fer soit 0.3 mg de fer absorbé
500 ml de lait de croissance apporte 2 mg soit 0.24 mg
Conclusion:
Le lait enrichi en fer sécurise les apports mais il n'est ni indispensable ni supérieur à une alimentation bien conduite chez le nourrisson, c'est-à-dire : diversification vers 4-6 mois, introduction régulière de viande/poisson, apports suffisants en quantité, bonne combinaison alimentaire (vitamine C, etc.), suivi médical régulier. Il prévient le risque de carence chez les familles peu informées et en difficultés socio-économiques, mais paradoxalement il est plus cher que le lait non enrichi et donc moins facilement accessible. Dans ces cas, il serait peut-être préférable de proposer une supplémentation médicamenteuse.
Références bibliographiques
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Nicole U. Stoffel, Isabelle Herter-Aeberli, Ana Carl Cepeda-lopez, Christopher Zeder, Michael B. Zimmermann
Young children formula consumption and iron deficiency at 24 months in the general population: a national study - Acta Paediatr. 2019 Jul;108(7):1285-1294.
Anne-Sylvia Sacri, MD, PhD 1,2; Alain Bocquet, MD 3,4; Mariane de Montalembert, MD, PhD 1,2; Serge Hercberg, MD, PhD 5,6; Laurent Gouya, MD, PhD 7; Béatrice Blondel, PhD 1; Amandine Ganon, Pharm D 8; Pascale Hebel, PhD 9; Catherine Vincelet, MD 10; Massimiliano Rallo, MD 11; Franck Thollot, MD 12; Jean-François Delobbe, MD 13; Corinne Levy, MD 3,14,15; Martin Chalumeau, MD, PhD1
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